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L’hyperesthésie peut être définie comme une intensité anormale de la sensibilité des sens. La plupart du temps les hyperesthètes pensent que tout le monde ressent comme eux, ce qui n’est pas le cas du tout. Il est très difficile de faire diminuer l’hyperesthésie, certains essayent de porter des lunettes de soleil, mettre un casque antibruit… Mais sans grand succès. On parle assez peu du retrait social chez les zèbres, toutefois le phénomène n’est pas si rare. Pour les hyperesthètes qui tentent de s’adapter et vivre avec leurs sens exacerbés, la vie peut malheureusement se transformer en calvaire. Le plus souvent, le symptôme, qui revient, est une fatigue extrême, sans cesse alimentée par la surabondance d’informations et de stimulations.
Passons en revue les différents sens et voyons ce que cela induit du point de vue hyperesthésique.
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Le toucher
S’il est un sens qui nous permet de ressentir notre environnement, c’est bien celui-ci. Notre peau est bardée de capteurs qui nous fournit de très nombreuses informations, température, humidité, pression… Notre peau est un réceptacle environnemental.
Les hyperesthètes sont submergés par ces informations au point de rendre un simple câlin très désagréable, voir même perçu comme une agression. Certaines matières entraînent des réactions allergiques ou au moins épidermiques, très fortes. L’épiderme réagit plus que la moyenne aux stimuli, chez les zèbres : un bruit étrange ou trop fort, une musique magnifique, un paysage à couper le souffle.
Le sens kinesthésique est bien souvent le reflet du monde intérieur d’une personne, les poils qui se hérissent, les sueurs froides ou bien des bouffées de chaleur sont le plus souvent causés par les autres sens du zèbre qui réagissent, le corps se met alors à l’unisson de ces sensations et émotions pour renforcer encore plus l’intensité de ce qui est ressenti. La sensation étant vécue plus intensément, la réaction sera aussi plus intense, ce qui peut être jugé par l’entourage comme de l’excessivité.
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L’odorat
Il est vrai qu’il s’agit là d’un sens assez peu utilisé dans les sociétés post industrielles. L’odorat paraît même atrophié, s’il faut seulement juger par les parfums qui sont vendus de nos jours et qui n’ont rien de délicat. Pourtant, parmi les zèbres, ce sens est le plus souvent celui qui est mis en avant dans les témoignages. L’hypersensibilité olfactive fait passer parfois les hyperesthètes pour de parfaits chiens limiers capables de séparer les odeurs les unes des autres dans une pièce.
Souvent, les odeurs perçues sont si subtiles, que l’entourage prend ça pour de l’affabulation. Toutefois, attention à la fatigue mentale que cela peut engendrer. Imaginez sentir tout ce qui vous entoure, mais dix fois plus intensément, les transports en commun deviennent un enfer avec toutes ces odeurs : parfums, sueur, nourriture, déchets… Qui se mêlent. Cela conduit irrémédiablement à des maux de têtes ou des nausées.
Néanmoins, l’hypersensibilité olfactive a certains avantages, comme de sentir intensément le parfum d’un jardin en fleurs ou l’odeur délicate d’un sous-bois ou encore de pouvoir sentir chaque note d’arôme dans son café ou son verre de vin.
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Le goût
Je connais de nombreux zèbres qui sont de fins gourmets. Tout comme pour l’odorat, ces personnes sont capables de décomposer tous les goûts présents dans leur assiette, les nuances d’un plat, les arômes d’un chocolat, le goût de terre d’un vin…
Toutefois, le revers de la médaille est bien souvent une très grande exigence dans l’équilibre des saveurs, un perfectionnisme absolu quant à la justesse, un peu trop de sel, pas assez d’acidité ou bien trop d’amertume et vous voyez ces personnes jeter le plat ou émettre de virulentes critiques.
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La vue
Toujours en alerte, le regard du zèbre scrute tout en permanence. Une pièce est littéralement découpée, analysée, détails par détails. Tout y passe, volume, couleur, matière, l’analyse est le plus souvent même inconsciente. C’est ce qui fait dire des zèbres qu’ils ont des lasers à la place des yeux.
Pour un zèbre, tout est prétexte à analyse visuelle. Lors d’une conversation, il n’est pas rare de se perdre dans les détails du visage d’une personne, dans ses yeux, les particularités de ses pupilles, une petite imperfection de l’iris, ou bien de remarquer la forme particulière d’un grain de beauté ou l’agencement géométrique de plusieurs de ces derniers. C’est particulièrement déstabilisant pour la personne qui se fait « scanner », et même gênant, sans compter que tout ceci peut être mal interprété alors qu’il s’agit d’un traitement quasi-inconscient des images.
Les lumières fortes sont très difficilement supportables, tout comme les néons, car leurs micro-clignotements provoquent bien souvent des céphalées. Les jours de grand beau temps, la simple lumière du soleil est insupportable. C’est pourquoi on retrouve souvent les hyperesthètes dans une pièce peu lumineuse ou avec différents points de lumières basses.
Les zèbres sont fréquemment fins observateurs, avec une grande mémoire visuelle, ainsi que de très bons physionomistes.
L’hypervigilance est un phénomène qui découle de l’exacerbation de la vue en permanence, trop de couleurs, trop de mouvements, de choses à observer, peuvent rendre la vie impossible et la concentration difficile.
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L’ouïe
Loin d’être un cadeau, l’hypersensibilité auditive est particulièrement dure à gérer au quotidien. Le bruit est omniprésent, tout au long d’une journée, et même la nuit pour les citadins les moins chanceux. C’est ce qu’on appelle la pollution auditive.
Lorsqu’on est sensible au moindre son, il devient très dur de se concentrer, quasi-impossible, par exemple, de travailler avec du monde autour de soi, comme c’est le cas dans un Open Space et épuisant d’entendre toutes les conversations en même temps dans une salle de pause.
Alors les hyperesthètes tentent de s’adapter, musique ou bruit blanc dans les oreilles, casque antibruit ou à réduction de bruit actif. Pourtant quand la mise en place de ces barrages échoue ou n’est pas possible, comme lors d’une réunion, c’est au prix d’efforts épuisants que le zèbre arrive à suivre les conversations.
Toutefois, l’hyperesthésie apporte aussi ses lots d’avantages, comme une plus grande sensibilité à la musique, certains sons pouvant conduire jusqu’à l’extase psycho-sexuelle, une forme d’orgasme de la peau qui parvient à l’écoute de certains sons. Les capacités de discrimination auditive permettent le plus souvent aux zèbres d’entendre des sons sur de très basses fréquences. Un murmure, une parole dans un petit volume sonore ou à travers une cloison fine arrive avec la même netteté qu’un son plus perceptible.
Conclusion
Je sais bien que tout cela paraîtra très exagéré à certains, pour d’autres peut être êtes-vous en train de vous rappeler une personne de votre connaissance. Pourtant, l’hyperesthésie n’est pas une affabulation et encore trop souvent les zèbres doivent cacher cet état par peur d’être jugé. Certains vont jusqu’à la distanciation ou la rupture sociale, ne supportant plus ces sens surexcités en permanence.
Vivre au quotidien en tant qu’hyperesthète, peut être un fardeau lourd à porter quand il n’y a pas assez de soutien de l’entourage personnel, scolaire et professionnel.
Imaginez, voir, sentir, toucher, goûter, entendre et percevoir ces informations en même temps, sans pouvoir les contrôler ou même diminuer leur arrivée, et maintenant intensifiez le ressenti de dix et vous commencerez à comprendre ce qu’est l’hyperesthésie.
Pour ma part, j’ai longtemps cru que tout le monde était comme ça. Comme bien d’autres sujets, je n’avais pas conscience de ma différence avant de sortir du cocon familial et encore là, comme je n’en parlais pas, j’étais persuadé que tout le monde vivait avec les mêmes difficultés.
Il m’est souvent impossible de me concentrer longtemps dans une pièce où se trouvent d’autres personnes, car j’entends leurs soupirs, leurs murmures, le bruit de leurs doigts sur leur clavier, je les vois bouger, s’agiter, je sens leur odeur et leur parfum, je goûte littéralement leur « odeur » et je sens sur ma peau le déplacement de l’air quand ils bougent. Ça vous parait peut-être fou, mais c’est mon quotidien. Les réunions m’épuisent, car je dois tant bien que mal rester concentrer alors que tous mes sens m’envoient des informations simultanément.
Si être toujours submergé par mes sens m’est parfois très difficile, qu’une journée peut se transformer en enfer, je me sentirais amputé, diminué, si je devais me mettre à ressentir avec moins d’intensité.
La musique ne me transporterait plus autant, les couleurs seraient plus ternes, moins chatoyantes, mes plats perdraient en saveur, les parfums puissants des épices ou la délicatesse des fleurs me manqueraient. J’aime aussi être capable de reconnaître les gens simplement à leur odeur et savoir s’ils sont passés par une pièce avant moi. Le contact du bois sous mes doigts me procure des sensations intéressantes également. J’adore travailler le bois, sentir son odeur, caresser les veines, sentir les aspérités. J’adore sentir mon corps vibrer lorsque je suis touché au sens propre du terme ou que je suis ému, tout se met à réagir. Tout ce qui fait que je suis moi, en somme, tout ça me manquerait, même si cela me rend parfois la vie impossible.
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