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La synesthésie

Photo du rédacteur: JohnJohn

Dernière mise à jour : 4 juil. 2020



La synesthésie (du grec syn, union et aethesis, sensation) est un phénomène qui consiste en un liage sensoriel inhabituel, dans lequel certains stimuli évoquent automatiquement une perception additionnelle. Il est difficile de fournir une définition plus précise et délimitant correctement les critères d’appartenance, étant donné le nombre très important de formes de synesthésies possibles. On en recense, à ce jour, une soixantaine.


Il semble que la synesthésie la plus courante, et donc la plus documentée et étudiée, soit celle dite « graphème-couleur », environ 64 % des cas de synesthésie. Il s’agit d’une association intra-modale où les graphèmes (chiffres ou lettres) évoquent une couleur.

L’expérience synesthésique peut revêtir des formes très différentes selon les individus, ce qui rend difficile son illustration. Certains synesthètes seront « projecteurs », les couleurs se projettent dans l’espace péri-personnel, donc les couleurs semblent exister dans un contexte extérieur à l’individu. Quand d’autres synesthètes seront « associateurs », la couleur est intériorisée par le sujet, il ressent l’association graphème/couleur plus qu’il ne la voit.


Je ne vais pas, dans cet article, faire le tour des soixante types référencés de synesthésie. Mon but est plutôt de parler de ce phénomène, qui n’est pas une maladie, et de témoigner de mon vécu. Pour tout dire, j’ai découvert tardivement que j’étais synesthète. Vers 30 ans, j’ai lu un article évoquant la synesthésie comme un phénomène inhabituel de rapprochement des sens. En poursuivant la lecture, j’ai compris qu’il n’était pas tellement courant de percevoir les lettres en couleur. J’ai toujours tellement trouvé ça beau de voir de cette façon que je pensais sincèrement depuis l’enfance que tout le monde était dans ce cas.


En m’interrogeant sur mes sens, mes perceptions et surtout en commençant à en parler à quelques personnes, j’ai pu identifier trois synesthésies chez moi. La première, « graphème-couleur », une seconde de type « lexico-gustative », je goûte les sons, essentiellement la musique, mais aussi certaines voix. La dernière synesthésie consiste à entendre une mélodie particulière lorsque je suis dans un état émotionnel très puissant, comme une peur panique, un danger imminent… Cette mélodie est immédiatement identifiable alors même qu’en-dehors de ce contexte, je ne me souviens pas l’avoir jamais entendue.


Entre 4 et 5 % des adultes auraient une ou plusieurs formes de synesthésies, ce n’est donc pas un phénomène rare.

L’origine des synesthésies est encore débattue. La prévalence de la synesthésie serait plus importante au sein d’une famille. Une étude a révélé qu’environ un tiers des synesthètes connait un autre synesthète dans sa famille. Les scientifiques étudient donc la potentielle origine génétique.

Il apparaît que les membres d’une même famille peuvent présenter des formes différentes de synesthésies. En effet, les circuits nerveux du cerveau sont déterminés par les gènes, mais également par les expériences issues de l’environnement. La tendance à présenter une ou plusieurs synesthésies serait donc génétique, tandis que le type serait d’origine environnementale et/ou culturelle.


Pour témoigner un peu plus de mon vécu, je peux dire que ce fut un choc de comprendre, à plus de 30 ans, que ma perception du monde n’était pas celle de tout le monde. Depuis l’enfance, les lettres sont toujours associées à des couleurs. En bien des occasions depuis que j’ai pris conscience que j’étais synesthète, j’ai trouvé pratique d’avoir cette particularité, comme pour retenir un mot de passe, par exemple. Je ne sais pas comment font les autres, pour moi, je mémorise les graphèmes alphanumériques et leurs couleurs associées, c’est beaucoup plus simple à retenir.


J’ai pris conscience également que goûter la musique n’était pas évident pour tout le monde. Et pourtant, la musique est chez moi une grande source de plaisir (dans l’article précédent, j’explique ce que l’hyperesthésie m’apporte dans ma perception de la musique.) : le classique a pour moi des accents de chocolat chaud pouvant variés jusqu’au café que l’on brûle. Il y a des voix qui me sont insupportables, elles ont des textures gélatineuses ou un goût horrible de cendre ou de pourri.


Les voix de ma famille sont délicieuses, rassurantes, elles ont des notes de fruits rouges. Ma maman a une voix fraîche comme un sorbet à la framboise, alors que mon papa à une voix au goût profond comme les cerises dans une forêt-noire. Les voix ont toujours des goûts plus délicats que la musique. Pour certaines voix, il faut que je me concentre sur mon ressenti pour percevoir une saveur. La musique me procure des sensations plus fortes, comme d’être dans un banquet ou assis à côté d’un tapis roulant de restaurant. Les goûts changent très vite et intensément.


C’est souvent en écoutant de la musique, que je découvre des nouveaux goûts. Parfois, je reconnais l’association, parfois le goût ne me rappelle rien, il sort de nulle part et c’est frustrant.

La synesthésie intéresse beaucoup la communauté scientifique, mais elle reste difficile à diagnostiquer, essentiellement, car les personnes ne s’en rendent pas compte et pensent que leur perception est normale. Pourtant, elle permet d’interroger notre compréhension de la conscience humaine et le traitement de la perception des sens par le cerveau.


J’espère vous avoir intéressé et surtout si certains se reconnaissent comme synesthètes, parlez-en, cela enrichira votre entourage de nouvelles perceptions, car en fin de compte, la synesthésie rend surtout le monde plus poétique.

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