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Il y a plusieurs raisons qui m’ont poussé à devenir végétarien. En premier lieu, il s’agit d’un choix personnel que j’ai construit autour des recherches que j’ai pu faire sur le sujet et d’une réflexion sur mes choix éthiques dans ce monde. Je ne force quiconque à changer sa façon de manger ou bien de voir le monde, mais je pense important d’informer sur le sujet.
Les derniers rapports des groupes d’experts mettent en lumière des conclusions bien connues des personnes informées, mais souvent méconnues du grand public, et plus grave encore, non médiatisées. En effet, il est troublant, quoique compréhensible, de voir le vide médiatique qui existe sur le sujet du végétarisme. L’industrie agro-alimentaire fait tout ce qui est en son pouvoir pour vendre du doute sur les bienfaits pourtant bien réels du végétarisme et du végétalisme par extension. L’alimentation carnée est pourtant de plus en plus décriée par les scientifiques, l’OMS ayant classé probablement cancérogène ce régime, depuis 2015.
L’alimentation à base de viande a pourtant, en plus de ses effets négatifs sur la santé humaine, une dimension tragique pour les animaux, des conséquences dévastatrices sur la nature et elle en dit long sur nous, Homo Sapiens, et notre rapport à la nature et nos origines.
Peut-on encore ignorer, en 2020, l’horreur du sort que l’on réserve aux animaux d’élevage ? D’ailleurs, si l’abattage des animaux était tellement facile à justifier, je me demande pourquoi notre société s’échine à en cacher les lieux. Les abattoirs sont bien souvent loin de tout et surtout loin des regards. Très peu d’informations filtrent de ces murs et lorsque nous accédons à des images, elles sont le plus souvent insoutenables. Si vous n’en êtes pas encore convaincus, je ne peux que vous conseiller de vous informer sur l’abattage des vaches gestantes et le sort réservé aux veaux en gestation, au gazage des porcs, au massacre de millions de poussins mâles que l’on tue uniquement parce qu’ils sont des mâles…
On estime à environ 1 milliard les animaux abattus en France, chaque année pour nourrir une population de 67 millions de personnes, sans compter le poisson et les fruits de mer. Ces animaux sensibles sont conscients de leur sort et contrairement à ce que j’ai pu lire récemment sur le net, non, il n’existe pas de bonnes méthodes de mise à mort. Tuer un être sensible sera toujours un meurtre, qu’il soit légal et institutionnalisé ou bien illégal. Nous ne souhaitons pas mourir et nous désirons ardemment jouir d’une existence longue et sans souffrance. Sachez qu’il en est de même pour tous les mammifères et nous découvrons, maintenant, que les poulpes sont aussi des animaux sensibles, ce qui agrandit considérablement le cercle des animaux qui, comme nous, ont peur de la mort.
De viandard invétéré, je suis devenu un fan de végétaux.
Cela fait un an que l’idée a fait son chemin dans ma tête. Cette simple idée au début, est devenue une pratique concrète dans ma vie de tous les jours. Pour être honnête, ça n’a pas toujours été simple et il m’arrive encore, je dois bien le reconnaître, de faire des « écarts », je n’en suis pas fier mais, par convention sociale ou par diplomatie, je dois reconnaître que je mange encore parfois de la viande en de rares occasions.
Bien sûr, l’idée de ne plus manger de viande n’est pas venue subitement. Il s’agit plutôt d’une dissonance cognitive que j’ai voulu solder. Plusieurs idées contradictoires me venaient sans cesse et cela devenait un peu obsessionnel. J’aimais la viande et j’aime toujours ça, je pense qu’ayant été élevé avec la viande à tous les repas, je ne cesserai jamais vraiment de l’aimer, c’est une chose trop ancrée en moi. Parmi mes meilleurs souvenirs, je trouve des moments autour d’une table à manger les repas préparés par mes parents ou les repas mangés avec mon grand-père lorsque j’étais enfant. Mais comment ne pas se sentir coupable en sachant que pour chacun de mes repas, un être vivant a donné sa vie pour me nourrir. La dimension écologique m’a également conduit à revoir ma copie sur la consommation de viande. La Terre étant un environnement fini, tout comme en économie, en alimentation non plus le mythe de la croissance infinie n’est pas crédible. En chemin, j’ai aussi découvert ou plutôt ouvert les yeux sur le nombre de scandales alimentaires et sanitaires entraînés par notre façon de nous alimenter.
Le végétarisme s'est imposé à l’issue d’une longue réflexion, essentiellement sur les trois axes que sont la santé, l’éthique et l’écologie.
Du point de vue de la santé, j’ai pu constater que nombreuses sont les sources médicales, qui attestent de bienfaits à ce régime. En voici quelques exemples :
une meilleure santé cardio-vasculaire, par la diminution des graisses saturées et un taux de cholestérol plus bas, la diminution de la pression artérielle est aussi régulière chez les populations végétariennes du fait de la consommation de graines entières.
des niveaux de magnésium, potassium et antioxydant plus élevés, ce qui permet une plus grande absorption du calcium, une élimination des toxines plus rapide par la stimulation des reins et une protection contre les maladies cardio-vasculaires et le cancer.
les fibres qui sont bien souvent sous représentées dans l’alimentation occidentale moderne, offrent pourtant une aide face au cancer du côlon. En effet, une alimentation composée de grains entiers, de légumes et de fruits, réduit le risque de cancer du côlon et on a démontré qu’elle peut même ralentir la progression du cancer de la prostate.
un plus faible taux de diabète de type 2, du fait de la diminution des apports en mauvais gras.
les protéines contenues dans les pois, le soja, les noix ou encore les lentilles garantissent les apports journaliers suffisants.
La liste est encore longue, je vous encourage à faire des recherches sur le sujet, mais en triant les informations, les lectures scientifiques à comité de relecture sont des sources fiables et vous les trouverez en utilisant des moteurs comme Google Scholar. Attention à ne pas croire non plus les légendes et mythes que l’on peut trouver sur des sites parfois un peu trop grand public. Le végétarisme n’est pas un régime miracle, il faut avoir une bonne hygiène de vie et équilibrer son alimentation, car il est tout à fait possible d’être végétarien et en mauvaise santé du fait d’un mauvais équilibre alimentaire, notamment en ne mangeant que des produits « tout faits » ou transformés.
Je suis toujours choqué de voir le nombre de scandales sanitaires ou alimentaires qui sont directement ou indirectement liés à l’alimentation carnée. Le dernier en date, tout le monde le connaît, le Covid-19, directement lié à la consommation de pangolins contaminés par des chauves-souris. Plus récemment, les produits infantiles contaminés par la salmonelle, les œufs contaminés au fipronil (un insecticide dont l’usage sur les animaux destinés à la consommation humaine est pourtant proscrit), la viande de cheval dans les plats cuisinés, des steaks hachés contaminés à une souche ultra résistante de l’E Coli entérohémorragique. Plus loin, dans les années 1990, le scandale de la vache folle, quand l’homme pense que c’est une bonne idée de nourrir des animaux avec des « farines » provenant des restes d’autres animaux, on marche sur la tête. Dans les mêmes années, des poulets empoisonnés à la dioxine (un polluant extrêmement cancérigène) par des « farines » également. Voilà ce que sont les dérives de notre modernité, d’un côté les services sanitaires nous promettent que notre système nous garantit de manger des produits sains, mais dans le même temps, l’appât du gain d’un consortium peut rendre malade des millions de personnes, sans compter sur le fait, et c’est ce que nous vivons à l’heure actuelle, que l’alimentation des uns peut avoir des répercussions sur le monde entier. Comment ne pas avoir peur de manger de la viande dans ces circonstances ?
Autre point, et non des moindres, l’impact de l’élevage intensif sur la planète. Il y a quelques années, un rapport a fait rire toute la planète, l’ONU expliquait que l’industrie agro-alimentaire avait un impact plus lourd sur les rejets de gaz à effet de serre que l’industrie des transports. En d’autres termes, que notre alimentation détériore plus la planète que nos déplacements, et cela, partout dans le monde. Ce rapport a fait rire, car on y démontre que les flatulences du bétail ont un impact majeur sur le réchauffement global, le méthane dégagé par plusieurs milliards d’animaux étant 25 à 100 plus puissant que le dioxyde de carbone des véhicules.
Alors, on a ri et on n’a rien changé dans les faits. Pourtant, l’élevage intensif du bétail est responsable de la disparition des forêts primaires, essentiellement celle d’Amazonie, par un mécanisme simple, pour nourrir tout ce bétail, on plante du soja, plus on en plante, plus on augmente les tailles des troupeaux et donc plus on a besoin de terres nouvelles pour cultiver du soja. À cela, il faut ajouter la pollution des sols, pour augmenter les rendements, les insecticides sont massivement utilisés sur les cultures et les plants transgéniques sont monnaie courante de nos jours. Les terres sont donc « lessivées » et sans le soutien d’engrais, les rendements s’écrouleraient. Les dépenses en eaux sont inimaginables, pour abreuver ces troupeaux de plus en plus grands, mais aussi arroser toutes ces cultures, on estime que pour un kilo de viande bovine, il faut environ 15.000 litres d’eau. Les arrosages, sur ces terres que plus aucune forêt ne retiennent, engendrent une érosion des sols, polluant, rivières, fleuves et océans, d’excréments et de produits phytosanitaires.
Après cet exposé succin des axes qui m’ont conduit à changer mon régime alimentaire, il est temps de faire le bilan de mon changement.
Pour commencer ma transition, j’ai été un peu brutal. Je suis passé du régime carné au régime végétalien, du jour au lendemain. En plus de ce changement, j’ai à l’époque voulu imposer ma vision des choses à nombre de personnes dans mon entourage. Avec le recul, c’était stupide et contreproductif. Ce changement ne concernait que moi et par conséquent l’imposer à d’autres n’étaient pas la chose à faire. Je suis tombé dans le piège de vouloir trop bien faire, de vouloir être plus parfait que les puristes et cette orthodoxie ne m’a pas aidé à rester durablement végétalien. C’est pourtant un schéma que je connais bien, car on le retrouve souvent chez les nouveaux convertis (un phénomène auquel je me suis intéressé il y a quelques années). Dans cette période, je me suis mis à dos quelques personnes et surtout, j’ai froissé mes proches en ne respectant pas leur choix, car il s’agit bien de cela, un choix.
En voulant faire comprendre mon choix, j’ai voulu l’imposer comme étant le seul bon choix, le seul qu’il faille suivre et je me suis posé en juge. Je ne suis pas fier, être écologiste, végétarien ou végétalien et humaniste, ce n’est pas être juge des autres, au contraire, c’est essayer par tous les moyens de comprendre la position de l’autre et de l’accepter toujours. Évidemment que je suis convaincu qu’il s’agit de la bonne voie à suivre par l’humanité, mais je suis aussi convaincu que ce n’est pas en imposant que les choses changent durablement. Et le comble dans tout ça, c’est que me rendant compte que cette position n’était pas tenable, j’ai fait volteface et suis retombé dans mes vieilles habitudes alimentaires.
Après quelques mois d’abandon, j’ai ressenti le besoin de me mettre en résonnance avec mes pensées intérieures. Je me suis donc de nouveau interrogé sur ce que je voulais changer pour moi et pour le monde. J’ai entamé un processus pour modifier durablement mes réflexes alimentaires, en douceur cette fois-ci et sans jugement sur moi ou sur les autres. Je suis devenu végétarien, j’ai stoppé la viande et ça ne me manque pas. Je continue de manger des œufs et des produits laitiers, ce qui me manquait énormément lors de ma première tentative. Ce régime, lacto-ovo-végétarien me convient. J’admire beaucoup les personnes qui arrivent à maintenir durablement un régime végétalien, mais pour ma part, je l’ai trouvé contraignant et difficile. Je ne suis pas prêt pour cette forme d’ascèse.
Après plusieurs mois, je peux dire qu’en établissant des menus équilibrés, en prenant plaisir à découvrir de nouveaux légumes et fruits, j’ai trouvé mon équilibre, plus d’énergie, une santé au top, un meilleur sommeil. Bien sûr, tout ça n’est pas étayé par des tests médicaux, mais je le sens en moi.
J’espère vous avoir fait réfléchir sur ce sujet et pourquoi pas tenter l’aventure vous aussi. Peut-être en instaurant une journée sans viande au début, puis plus de viande le soir et progresser ainsi vers une alimentation meilleure pour vous, pour les animaux et la planète. Mais rappelez-vous qu’un écart n’est pas grave, qu’il ne sert à rien de vouloir être absolutiste. Soyez juste vous-même.
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