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Zébrures

Photo du rédacteur: JohnJohn

Dernière mise à jour : 28 juin 2020


Il y a des sujets sur lesquels j’aimerai parler, écrire et pourtant je ne le fais pas, je m’auto-censure, me convaincs que je ne suis pas légitime pour m’exprimer sur ces sujets. Finalement, je me lance. Aussitôt une autre partie de moi m’interrompt et j’efface tout. Je passe alors des heures devant ma page à tergiverser pour être sûr d’avoir le droit d’écrire sur tel ou tel sujet. Mes arguments me paraissent toujours simples, convenus et sans le moindre intérêt pour quiconque.


Je me bats, je m’affronte dans une joute verbale enflammée à l’intérieur de mon crâne. Ça tourbillonne. Ça tambourine. J’aimerai me persuader mais je fais tout dans le même temps pour ne pas l’être.


Comme dans une tempête qui emporte tout sur son passage, les bourrasques de mon esprit affaiblissent mes positions. Je me sens de moins en moins légitime d’écrire. Je me retrouve à combattre mon moi avec mon moi. Dans ma tête, les mots douance, surdoué, HP, QI passent. Je voudrai en parler, dire ce que c’est pour moi. Mais je me dis que ce ne sont que des mots, vides, creux, usés par bien d’autres que moi et finalement qui sont de peu de réconfort. Je me sens en train de les décortiquer, de les démonter et une fois broyés dans ma machine infernale, ils ne veulent plus rien dire, ils ne sont plus que des mots.


Rendant coups pour coups, je continue de me battre contre moi, j’oppose des faits, des résultats. A cet instant je suis assailli de possibilités qui pourraient expliquer mes résultats. J’ai peut-être eu de la chance, le hasard a fait que je suis tombé sur des questions simples, peut être que le psy a fait une erreur d’inattention ou qu’il veut être sympa avec moi et ne pas me blesser. Lorsque j’en arrive à parler du second test, passé des décennies après, pour me « convaincre », mes conclusions sont sans appel, j’ai eu de la chance …


Et puis si je suis si intelligent, n’aurais-je pas dû réussir ma vie brillamment ? Ne devrais-je pas faire des choses importantes, extraordinaires ? Je suis mis au défi par moi-même de dire ou de faire immédiatement quelque chose d’intelligent, à la mesure de mes prétentions… Et là, je suis bloqué. Chaque idée qui me vient est incomplète, ne résiste pas à l’examen de ma pensée. Sans pitié, je me résiste, démonte chaque argument comme pour me prouver ma bêtise.


Pris dans le flot de mes pensées, le monde ne s’arrête pas pour autant et je me sens envahi, sans cesse par les sons, les odeurs, les sensations épidermiques. Dans ma lutte pour écrire cet article, je lutte aussi contre ce qui m’est extérieur, au fil de l’écriture les choses m’agressent de plus en plus, comme pour envahir tout l’espace de mon être. Moi et le reste du monde ne cessent de me harceler.


Une foule de sentiments contradictoires m’envahit. Je passe de la frénésie à l’ataraxie, du rire aux larmes. Je me sens acculé devant toutes ses agressions. Je ne peux pas me faire confiance non plus, car je suis mon premier ennemi, prompt à me dénigrer – ce que je ne cesse de faire – à me pousser à abandonner mes idées, mes espoirs ou mes rêves, et pourtant je continue, puisqu’au fond je veux réussir à trouver un sens à tout cela, à la vie, dans son ensemble, dans son unicité et dans sa pluralité.


J’observe ces autres qui me sont extérieurs, ces êtres à qui j’aimerai tant pouvoir ressembler. Je les imite, je me fabrique des masques. Je vais au carnaval et au milieu d’eux, je fais comme eux, pour me sentir appartenir à un groupe, connecté au monde. Je les aime autant que je les déteste parfois. Trop souvent j’ai l’impression d’être le seul comme moi, je me fais l’impression d’être le dernier mammouth, inadapté à l’époque, au monde… Seul.

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